Une interview

Alain Pruvot a réalisé l’interview de l’auteur dans France photographie

Mireille Lemoine, membre du Photo Club ASPTT – Tulle – U.R. 23

Alain Pruvot : Bonjour Mireille, tu fais partie des rares femmes réalisatrices de montages au sein du microcosme des auteurs Audiovisuel de la FPF et c’est d’abord à ce titre que France Photographie te met aujourd’hui à l’honneur. De par les sujets que tu traites, tu apparais comme une réalisatrice engagée : si oui, comment expliques-tu ce choix ?

Mireille Lemoine : Oui je suis une réalisatrice engagée. C’est un devoir de mémoire. Mon but est de relater des événements méconnus ou oubliés. «Apprendre d’hier, vivre pour aujourd’hui, espérer pour demain» disait Albert Einstein

A.P. : J’ai pu voir trois de tes œuvres : Ce matin-là, La naissance du corbeau, Un génocide oublié. Quel sens donnes-tu à ta démarche d’auteur ?

M.L. : C’est un travail de témoignage et d’information

A.P. : Le fil conducteur entre ces œuvres semble tourner autour de l’histoire et singulièrement des guerres qui ont opposé la France à l’Allemagne. Pourquoi une telle focalisation ?

M.L. : C’est par hasard, en m’intéressant au génocide des Hereros, que j’ai découvert des documents mentionnant des noms connus comme VON TROTHAT (le requin), FISCHER (le penseur de la haine raciale), MENGELE (l’Ange de la mort) et HITLER. Pour beaucoup d’historiens, ces tueries préfiguraient le génocide des Juifs d’Europe orchestré par le IIIe Reich

A.P. : En matière de réalisation, tu as manifestement opté pour la sobriété et le classicisme et tu recours souvent au noir et blanc. Comment expliques-tu ces choix ?

M.L. : La sobriété s’impose. Je choisis le noir et blanc pour symboliser un passé dramatique

A.P. : Pourquoi viens-tu littéralement barrer l’image à l’écran par des ajouts de textes comme s’il s’agissait d’un clip de propagande ?

M.L. : C’est mettre des mots sur des maux. J’ajoute la mémoire visuelle à la mémoire auditive

A.P. : Quel rôle accordes-tu à la musique, qu’est-ce qui a motivé, par exemple, le choix d’extraits de La Liste de Schindler ?

M.L. : La musique donne un rythme. Les extraits de la liste de Schindler pourraient être interprétés comme un lien entre deux évènements, c’est la mélodie qui a guidé mon choix

 A.P. : Pourquoi t’être intéressée dans La naissance du corbeau à un personnage aussi antipathique, voire monstrueux ?

M.L. : Je souhaitais témoigner de l’origine du mot «Corbeau». A. Laval, tulliste, était une femme mythomane qui écrivait des lettres anonymes. C’est le film de H.G Clouzot Le corbeau inspiré de ce fait divers qui a vulgarisé cette expression désormais passée dans le langage courant

A.P. : Comment t’est venue l’idée de consacrer un montage au massacre des Hereros par les colonisateurs allemands en Namibie ?

M.L. : En préparant mon voyage en Namibie, j’ai découvert le génocide des Hereros. J’ai voulu montrer la face cachée de ce pays

A.P. : Tu as pris le parti de lire toi-même tes textes, créant ainsi un contraste entre la douceur de ta voix et la brutalité des faits évoqués : pourquoi ce parti pris ?

M.L. : Dans Ce matin-là, l’histoire des pendus de Tulle a été traitée sous une forme apaisée, ce témoignage appelle à l’émotion.

Dans La naissance du corbeau, l’autrice de lettres anonymes, a vécu recluse dans sa maison après son procès dans l’indifférence totale de la population, sans agressivité.  Le ton de ma voix devait être à l’image du comportement des tullistes. J’ai découvert le génocide des Hereros par des témoignages oraux et écrits qui m’ont affectés.  Les faits sont horribles, mais ma sensibilité l’a emporté sur cette atrocité

A.P.  Des montages comme les tiens mériteraient assurément d’être projetés aussi devant un public de jeunes : as-tu eu l’occasion de le faire ?

M.L. : Non

A.P. : Comment peut-on éventuellement voir tes montages ?

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